Algue moutarde en hiver : diagnostic, traitement et erreurs à éviter

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Piscine d'aspect hivernal avec zones de poudre jaune et ocre au fond du bassin.
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Table des matières

On croit souvent être tranquille jusqu'au printemps. Et puis, un simple coup d'œil sous la bâche ou à travers l'eau froide suffit à doucher cet espoir : des traînées jaunâtres tapissent le fond du bassin. C'est frustrant, surtout quand l'eau est encore trop froide pour piquer une tête. Est-ce du sable apporté par le vent ? Le pollen des pins voisins ? Ou cette fameuse algue moutarde dont tout le monde parle ?

Ne nous mentons pas : si vous gérez mal ce problème, vous retrouverez une piscine tachée à vie dès les premiers rayons de soleil.

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L'algue moutarde en hiver est une poussière jaune très volatile qui se dépose au fond du bassin, souvent confondue avec du sable ou du pollen. Résistante au chlore classique, son élimination nécessite un protocole précis : un brossage vigoureux des parois, un ajustement strict du pH, et l'application simultanée d'un algicide spécifique (sel de bromure) couplé à un traitement choc oxydant.

Diagnostic : est-ce vraiment de l'algue moutarde ?

Avant de vider des bidons de chimie dans une eau à 10°C, posez le bon diagnostic. Tout ce qui est jaune n'est pas forcément de l'algue moutarde. Cette variété (Pleurochloris pyrenoidosa pour les intimes) a un comportement qui ne trompe pas.

Contrairement aux algues vertes qui s'accrochent aux parois (le fameux « gluant »), l'algue moutarde est une poussière extrêmement volatile. Elle ressemble à une poudre ocre ou jaune moutarde, posée là, sans attache.

Le test pour en avoir le cœur net ? Prenez votre balai et passez-le doucement sur une zone suspecte.

  • Si la tache résiste, colle ou semble rugueuse, fausse alerte. Ce n'est pas elle.

  • Si la tache explose littéralement en un nuage jaunâtre (un véritable « effet fumée ») pour disparaître dans l'eau avant de retomber plus loin quelques minutes après... mauvaise nouvelle : vous êtes face à de l'algue moutarde.

Notez aussi son petit côté vampire : elle adore les zones d'ombre. Vous la trouverez souvent côté sud du bassin, contrairement aux algues vertes qui cherchent la photosynthèse en plein soleil.

Comparaison visuelle entre les algues vertes classiques et la poudre jaune volatile.

Différence entre algues et pollen

Le match : algue vs pollen vs sable

La confusion est classique en fin d'hiver. Voici comment faire le tri immédiatement pour éviter de traiter pour rien.

SymptômeAlgue moutardePollenSable
La textureUne poudre impalpable, très fine.Poussiéreux ou granuleux.Lourd, il crisse sous le doigt.
Le comportementPart en fumée au moindre mouvement d'eau.Flotte souvent en surface ou marque la ligne d'eau (aspect gras).Reste au fond, roule quand on le pousse.
La localisationFond et parois, souvent à l'ombre.Toute la surface, skimmers, ligne d'eau.Uniquement au fond, juste sous les buses de refoulement.
L'adhérenceAucune (très volatile).Collant (surtout sur la ligne d'eau).Aucune (libre).
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Si vous avez des pins à proximité, le pollen jaune envahit souvent les piscines en mars et avril. Retenez ceci : si la poudre jaune flotte, c'est du pollen. L'algue moutarde, elle, ne sait pas nager en surface, elle coule.

Infographie expliquant l'origine du pollen et de la poussière jaune dans le bassin.

Origine des dépôts jaunes

Pourquoi cette algue prolifère-t-elle en hiver ?

C'est une idée reçue tenace de croire que le froid tue les algues. C'est vrai pour la plupart, mais la moutarde est une guerrière.

  1. Elle vient du ciel : C'est une contamination externe. Les vents du Sud (Sirocco) chargés de sable du Sahara transportent ces spores sur des kilomètres. Les pluies d'hiver lessivent l'atmosphère et livrent ces germes directement chez vous.
  2. Elle encaisse le froid : C'est une algue qui s'acclimate. Elle ne se développe pas à la vitesse grand V comme en été, mais elle survit parfaitement en eau froide. Elle attend son heure, patiemment.
  3. On filtre moins : C'est souvent la cause numéro un. En hivernage actif, on ne filtre que quelques heures. L'eau stagne, ce qui offre un tapis rouge aux spores pour se déposer et s'installer sans être dérangées par le courant.
Traitement de l'eau et aspiration manuelle des particules jaunes.

Élimination de la poussière jaune en piscine

Protocole de traitement choc en 5 étapes (compatible eau froide)

Soyons clairs : ce protocole ne vaut que pour les piscines en hivernage actif (filtration qui tourne un peu chaque jour). Si votre eau est en dessous de 10°C ou si vous êtes en hivernage passif (piscine bâchée, filtration à l'arrêt), ne faites rien maintenant. La chimie réagit très mal en eau glacée. Attendez la remise en route.

Si vous traitez, suivez l'ordre à la lettre. L'algue moutarde ne pardonne pas l'approximation.

1. Préparation mécanique et nettoyage du filtre

C'est l'étape que 80 % des propriétaires bâclent, et c'est pour ça que l'algue revient trois semaines plus tard. L'algue moutarde possède une couche protectrice gélatineuse. Le désinfectant ne peut pas l'atteindre si elle reste en tas au fond.

Vous devez brosser vigoureusement tout le bassin. Pas seulement les zones jaunes, mais l'intégralité : parois, fond, l'arrière des échelles et le tour des projecteurs. L'objectif est de mettre toutes les algues en suspension dans l'eau.

Une fois l'algue en suspension, votre filtre va encaisser la charge. Il faut partir sur une base saine. Avant même de toucher aux produits, assurez-vous de bien maîtriser les positions de votre vanne 6 voies pour effectuer un contre-lavage (Backwash) efficace. Sans ça, vous filtrez dans le vide.

2. Ajustement du pH

Pas de pH correct, pas d'efficacité. C'est aussi simple que ça. L'efficacité du chlore et des oxydants s'effondre si votre équilibre est mauvais.

  • Testez votre eau.

  • Ramenez le pH impérativement entre 7.0 et 7.4.

  • En eau froide, la réaction du pH- ou pH+ est lente. Soyez patient, diluez bien le produit dans un seau avant de le verser.

3. Le duo de choc : algicide spécifique + oxydant

L'algue moutarde rit au nez du chlore simple à dose normale. Pour la tuer, il faut provoquer une réaction chimique spécifique avec deux produits :

  1. Un anti-algues spécifique moutarde (à base de sel de bromure). Vérifiez l'étiquette : un anti-algues générique (ammonium quaternaire) ne servira strictement à rien ici.
  2. Un activateur (oxydant) : Chlore Choc ou Oxygène Actif.

La méthode : Versez d'abord le sel de bromure (souvent une poudre) selon le dosage prescrit. Immédiatement après (ou selon la notice, souvent dans l'heure), balancez votre traitement choc. C'est l'oxydant qui va « activer » le sel de bromure et le transformer en arme létale.

4. La filtration continue

Oubliez votre petite programmation d'hiver de 2 h par jour. Le traitement a besoin de circuler et le filtre doit piéger les cadavres d'algues.

  • Passez la filtration en mode Marche Forcée (manuel).

  • Laissez tourner 24 h à 48 h non-stop, même si l'eau est froide.

  • Gardez un œil sur le manomètre : si la pression monte, refaites un contre-lavage.

5. La décontamination du matériel (l'étape oubliée)

C'est ici que se joue la victoire finale. L'algue moutarde survit hors de l'eau, séchée sur votre matériel, prête à recoloniser le bassin dès que vous replongerez le robot. C'est un véritable cheval de Troie.

Pendant le traitement choc (étape 3), immergez dans le bassin tout ce qui a touché l'eau :

  • Le robot nettoyeur (et son câble, c'est important !).

  • Les têtes de balai et les brosses.

  • Les épuisettes.

  • Les tuyaux flottants.

  • Les jouets ou matelas gonflables s'ils ont servi récemment.

Laissez-les mariner quelques heures dans cette eau surchlorée pour détruire les spores planquées dans les recoins.

Hivernage actif ou passif : quelle stratégie adopter ?

Selon votre mode d'hivernage, la réaction doit être différente. Inutile de paniquer si vous ne pouvez pas agir tout de suite.

  • Hivernage passif (bâché / filtration à l'arrêt) : Ne tentez rien. L'eau ne circule pas, les produits vont couler au fond et décolorer votre liner sans même égratigner l'algue. Laissez-la tranquille pour l'instant. Vous ferez le grand ménage (brossage + produits) au moment de la remise en route au printemps.

  • Hivernage actif (filtration ralentie) : Agissez. Si vous voyez les taches, c'est que l'algue s'installe. Traitez maintenant pour sauver votre liner de taches irréversibles et pour vous épargner une ouverture de piscine catastrophique au mois de mai.

Prévention pour le reste de la saison froide

Une fois l'algue éradiquée, ne baissez pas la garde. L'hiver n'est pas fini.

  1. Gardez du désinfectant : Même en eau froide, laissez un galet de chlore (ou équivalent) dans le skimmer.
  2. Surveillez le ciel : Après un épisode de vent fort ou une pluie chargée de sable, inspectez le fond du bassin.
  3. Faites bosser le robot : Une fois par mois, lancez un cycle (si l'eau est au-dessus de 10-12°C pour préserver la mécanique du robot). Ça évite que les sédiments ne s'incrustent toujours au même endroit.

L'algue moutarde est tenace, mais prévisible. Avec de la méthode, de l'huile de coude pour le brossage et les bons sels de bromure, vous reprendrez le contrôle.

Foire Aux Questions (FAQ)

Peut-on se baigner avec des algues moutarde ?

Techniquement, oui, l'algue moutarde ne va pas vous tuer (ce n'est pas une bactérie). Mais c'est une très mauvaise idée. Se baigner va agiter l'eau, disperser les algues partout et contaminer vos maillots. Surtout, une eau algueuse est une eau mal désinfectée, donc potentiellement irritante.

L'algue moutarde part-elle toute seule en hiver ?

Jamais. Elle peut sembler « dormir » à cause du froid, mais elle ne mourra pas de vieillesse. Au contraire, elle prend des forces. Dès que l'eau dépassera les 15-20°C, vous assisterez à une explosion incontrôlable si vous ne l'avez pas tuée avant.

Pourquoi mon anti-algues classique ne fonctionne pas ?

Parce que vous essayez de tuer un ours avec une tapette à mouches. Les anti-algues standards (les liquides bleus, souvent des ammoniums quaternaires) sont faits pour les algues vertes. L'algue moutarde a une biologie différente. Seuls les sels de bromure, activés par un oxydant, perceront sa défense. Le chlore seul ne fait que la « blanchir » temporairement ; elle repoussera dans la semaine.